champ magnetique

Les champs magnétiques comme thérapie en douceur

Dépression, schizophrénie, sevrage… Depuis une dizaine d’années la stimulation magnétique ou électrique transcrânienne du cerveau fait ses preuves. Les expérimentations cliniques confirment l’efficacité de ces traitements non invasifs. Et quasiment sans douleurs. Par Maxence Layet 

Demain, probablement, les dépressions les plus graves pourront être soignées à coup de champs magnétiques. C’est du moins ce que laissent entendre les recherches sur la stimulation magnétique transcrânienne (appelée SMT en abrégé, et TMS en anglais). Cette thérapie magnéto-psychiatrique, en stimulant certaines parties du cerveau supérieur avec un aimant très puissant, posé sur le front ou sur la tempe, produirait des effets antidépresseurs notables. Suffisants en tout cas pour se dispenser de l’usage des électrochocs, une technique encore utilisée aujourd’hui dans les cas les plus récalcitrants. Les résultats obtenus par exemple à l’Institut Technion, en Israël, après deux semaines de stimulation du cortex préfrontal d’un échantillon de 70 volontaires, au rythme d’une dizaine de stimulations par jour et réalisées en double aveugle – une méthodologie sans équivoque d’un point de vue médical – a confirmé en 1999 tout le potentiel de ces stimulations magnétiques répétées.

Un traitement non invasif et sans effets secondaires

Expérimentée depuis 1985, la SMT suppose l’emploi d’un électro-aimant – une double bobine en forme de 8 – capable d’émettre un champ magnétique puissant mais très bref, de l’ordre du millième de seconde. L’impulsion magnétique traverse le crâne sans dommages et peut atteindre certaines zones du cerveau, des aires cérébrales situées à 2 ou 3 centimètres de profondeur maximum. Dans l’encéphale, la répétition de ces impulsions induit un courant ionique très ciblé, à l’origine des mini-décharges électriques qui stimulent les neurones. L’efficacité des stimulations magnétiques ne se limite pas au traitement de la dépression. Pour faire taire les voix entendues par 2 schizophrènes sur 3, le Dr Ralph Hoffman, un chercheur de l’Université de Yale, a placé derrière l’oreille d’une cinquantaine de volontaires un aimant destiné à activer une région du lobe temporal gauche : l’aire de Wernicke, associée à la parole. Durant deux semaines, à raison d’une impulsion par seconde, 10 à 15 minutes par jour, le traitement a fait cesser les hallucinations auditives. Réussissant là où les psychotropes échouaient. Dans certains cas, les hallucinations étaient si sévères qu’il a fallu plusieurs stimulations magnétiques simultanées, réparties par ordinateur sur les deux hémisphères, pour parvenir à un résultat. En septembre dernier, une équipe du service hospitalier Joliot, du CEA d’Orsay, a confirmé ces résultats. En stimulant l’aire de Wernicke de sujets sains, les chercheurs français ont significativement modifié leurs perceptions linguistiques. De quoi ouvrir « des perspectives intéressantes pour le traitement de certains troubles en particulier les hallucinations schizophréniques résistantes ».

Cette technique annonce une forme futuriste, mais possible, de reprogrammation cérébrale…

Faciliter les cures de désintoxication

Dans le Sud-Ouest de la France, plusieurs cliniques et établissements psychiatriques ont également recours à un procédé de stimulation transcranien : l’anesthélec. « Le principe est très différents des SMTr », explique le Dr Marc Auriacombe du Département d’addictologie du CHS Charles Perrens de Bordeaux. « Il repose sur les courants basse fréquence de l’électrosommeil, un état de relaxation induit par l’électricité mis en évidence en 1902 par un français, Leduc, et repris ensuite par le professeur D’Arsonval et d’autres chercheurs russes. » Mis au point par le chirurgien dentiste français Aimé Limoge au milieu des années soixante, l’appareil se compose d’un boîtier relié à trois électrodes. L’une à disposer sur le front, entre les yeux, et les deux autres derrière l’oreille, sur les mastoïdes. Ambulatoire ou branché sur secteur, l’ensemble est alors porté 2 jours de suite, 24 heures sur 24, par le patient en cure de désintoxication. Utilisé à Charles Perrens depuis 1979, l’appareil a transformé les conditions du sevrage des toxicomanes. « La qualité, le confort de désintoxication sont sans équivalent, » confirme le Dr Auriacombe. Les contre-coups de l’état de « manque » sont pratiquement éliminés. Finis les crises d’anxiété, les tremblements, les sueurs, le froid, l’insomnie. « Mais ce n’est qu’un traitement symptomatique, efficace lors de crise aiguë », précise le psychiatre bordelais, « l’électrostimulation n’empêche pas les patients de rechuter. » Toujours d’actualité, le traitement reste confidentiel et ne concerne que quelques dizaines de cas par an. Le problème, c’est qu’on ne sait pas très bien comment expliquer les effets. Les travaux en cours, notamment sur des rats rendus dépendants aux opiacés, ont confirmé l’effet calmant. Selon Luis Stinus, directeur de recherche dans le laboratoire « Interactions neuronales et comportements », une unité CNRS-INSERM de l’Université Bordeaux 2, il semblerait que « l’électrostimulation entraîne la sécrétion d’endorphines par les structures cérébrales. »

Biochimie ou neurogénèse ?

Stimulations magnétiques ou thérapie neuroélectrique, pour l’instant, le problème reste entier. Première hypothèse : la stimulation par électro-aimant permettrait d’agir à distance, directement et à travers la boîte crânienne, sur les neurones ou les aires cérébrales voulues. Le courant électrique local, généré par les variations du champ magnétique, fournirait l’énergie nécessaire à leur bon fonctionnement. De quoi provoquer par exemple des dépolarisations cellulaires et produire en réponse les substances antidépressives désirées.

Une autre piste, plus globale, est envisagée. Les stimulations électromagnétiques faciliteraient la plasticité neuronale. C’est-à-dire les capacités de réarrangement du cerveau, de connexions des neurones entre eux. De quoi en amplifier certaines, en annuler d’autres, etc.… Amélioration durable de l’état dépressif, des troubles schizophréniques, des comportements compulsifs ou de la maladie de Parkinson. Ces « déformations » du cortex, « impulsées » artificiellement, expliqueraient la persistance des changements observés. Le secret des mécanismes correcteurs des stimulations électromagnétiques se joue probablement ici. Au sein de ces reconfigurations nerveuses. La reprogrammation cérébrale est devant nous. À la portée des chercheurs. ♦