amour cerebrale couple enfant

Du désir à l’amour, tout est cérébral

À chaque étape du sentiment amoureux, qu’il s’agisse du désir, des émotions, des sentiments et de l’attachement -, le cerveau humain se modifie, dans son organisation et sa chimie. Gilles Marchand

L’amour n’est pas qu’affaire de cœur. C’est même – et surtout l’affaire du cerveau ! Depuis quelques années, l’imagerie cérébrale se met au service des recherches sur l’amour, avec profit. On identifie aujourd’hui plus précisément les substances chimiques et les réseaux neuronaux qui sont en jeu, la manière dont ils agissent et collaborent. Sous un angle neuroscientifique, on connaît (un peu) mieux ce sentiment complexe qu’est l’amour.

Le sexe est bénéfique à l’amour

Tout commence avec le désir, la recherche de sensations sexuelles. Les phéromones, molécules inodores, sont captées par un système secondaire de l’odorat, qui détermine si les phéromones de deux partenaires sont bien compatibles. Sinon, rien n’y fera, les effets répulsifs empêcheront le développement d’une intimité physique. Le spedra permet de booster ses effets notamment.

Passée l’étape des phéromones, le désir est surtout associé à une hormone, la testostérone. Plus elle est présente en forte quantité, plus le désir et la fréquence des rapports sexuels sont importants. L’activité sexuelle est très bénéfique au déclenchement et à l’entretien de l’amour. Si vous avez des troubles sexuels, consultez cette page

Les caresses et les massages sensuels entraînent la libération, dans le cerveau, d’ocytocine et d’endorphines, qui participent respectivement au sentiment d’attachement et à la sensation de relaxation.

Avoir des relations sexuelles provoque aussi des poussées de testostérone qui agissent sur la production de dopamine, dont on va voir l’importance dans le sentiment amoureux. Mais les effets bénéfiques ne s’arrêtent pas là, puisque le cerveau amoureux est sollicité au moment ultime de la relation sexuelle : l’orgasme chez la femme déclenche la libération d’ocytocine, et l’orgasme masculin celle de vasopressine, les deux principales hormones de l’attachement.

Présentes dans la phase de désir et les étapes du processus amoureux, les émotions jouent un rôle central dans la première rencontre. Les émotions, d’une manière plus générale, permettent à l’homme – comme à l’animal – de réagir immédiatement à toute nouveauté dans l’environnement.

Juste après l’émotion, qui est automatique, le corps retrouve son état initial, car le cerveau “raisonnable” a analysé la situation et donne l’impression d’avoir repris le contrôle sur l’environnement. Dans certains cas de passion extrême, les émotions resteraient envahissantes, s’exprimant sans cesse dans la pensée et les réactions physiologiques (battements de cœur, souffle court, etc.). Mais en règle générale, c’est le retour à la normale avec la possibilité d’investir totalement le désir et le sentiment.

Les neurotransmetteurs de l’amour

Les neurotransmetteurs sont des molécules qui permettent à l’influx nerveux de passer d’un neurone à l’autre. D’après les pistes de recherche actuelles, trois de ces neurotransmetteurs sont très actifs dans le sentiment amoureux, durant les trois premières années (l’estimation de la phase “chimique” de l’amour). Le premier est la dopamine, qui permet une grande concentration de l’attention et une forte motivation. Le niveau de dopamine est aussi lié à l’impression d’euphorie, d’extase et d’énergie débordante.

C’est aussi elle qui provoque la sécrétion de testostérone, l’hormone du désir sexuel. C’est elle, enfin, qui donne le sentiment d’être “accro” à l’autre, de la même manière qu’elle est impliquée dans la dépendance aux drogues et dans le manque.

Des chercheurs, Andreas Bartels et Semir Zeki, ont d’ailleurs trouvé que plusieurs régions étaient les mêmes à être activées par la prise de cocaïne ou d’opioïdes et le sentiment amoureux. Ils partagent d’ailleurs les mêmes symptômes : perte d’appétit, insomnies, etc. La recherche de plaisir et de satisfaction, dépendante en grande partie de la production de dopamine, serait même un élément essentiel à la survie de tous les vertébrés, bénéfice du maintien des espèces. Puisque le plaisir favorise les rapports sexuels, rien d’étonnant à ce qu’il se soit progressivement inscrit dans l’évolution de l’espèce humaine !

Si le rôle de la dopamine est central, on suspecte aussi le rôle d’autres neuromédiateurs. La noradrénaline, dérivée de la dopamine, serait impliquée dans l’état de béatitude, mais aussi dans l’effort et l’attention.

Elle renforce notre mémoire des nouvelles stimulations (ce qui nous permettrait de nous souvenir d’éléments infimes liés à la découverte de l’autre). Le dernier neurotransmetteur suspecté est la sérotonine ; contrairement aux autres, c’est sa faible concentration qui serait en jeu dans les pensées persistantes à l’égard de la personne aimée.

Des recherches menées grâce à l’imagerie cérébrale (en enregistrant par exemple l’activité du cerveau pendant que les sujets regardent une photo de leur amoureux) montrent les principales zones cérébrales impliquées dans le sentiment amoureux, celles où l’activité des trois neurotransmetteurs est importante.

L’une de ces aires, appelée noyau caudé, fait partie du “système de récompense” de notre cerveau, qui repère et cherche les récompenses les plus gratifiantes. Une autre zone, l’aire tegmentale ventrale (ATV), a été identifiée lors des travaux d’imagerie menés par l’anthropologue américaine Helen Fisher (voir l’encadré) : cette zone produit de grandes quantités de dopamine, qu’elle diffuse dans plusieurs régions du cerveau, dont le noyau caudé. C’est en diffusant largement la dopamine que l’ATV facilite la focalisation de l’attention, l’énergie et la motivation.

Les hormones de l’attachement

Le sentiment amoureux semble donc centré sur une récompense spécifique, l’être aimé. C’est ce qui explique cette inscription de l’amour dans le circuit de récompense du cerveau. Après les premières années, ce processus chimique de l’amour perd de son intensité, le sentiment d’euphorie s’atténue. Selon les spécialistes, l’organisme s’est habitué aux hormones qui le dopaient, comme la phényléthylamine (hormone naturelle, de la classe des amphétamines) et la dopamine. Soit la personne “en manque” cherchera un autre partenaire pour retrouver cette phase, soit une autre étape pourra commencer : l’engagement à long terme. Le sentiment évolue en attachement, lié à deux hormones du cerveau : l’ocytocine et la vasopressine. Chez les mammifères, elles sont responsables d’une grande part des comportements d’attachement. La vasopressine se déclenche pour favoriser l’investissement conjugal et parental.

L’ocytocine, quant à elle, est libérée dans le cerveau des femmes au moment de l’accouchement ; on pense qu’elle est aussi impliquée dans le sentiment d’attachement et le dévouement entre hommes et femmes. Un autre type d’hormones commence à être impliqué dans cette nouvelle phase amoureuse : les endorphines, aux mêmes propriétés que la morphine, ont un effet calmant, apaisant. Efficaces contre l’anxiété, elles permettent de se prémunir du stress et des moments de déprime. Pour Helen Fisher, les trois étapes du sentiment amoureux se déroulent souvent sur le mode – désir, amour, attachement -, mais elles peuvent aussi suivre un autre ordre. L’attachement peut se transformer en passion amoureuse, avant d’éveiller le désir sexuel.

Également, on peut éprouver de l’attachement pour une personne, du désir pour une autre et de l’amour pour une dernière. L’homme et la femme seraient neurologiquement disposés à être amoureux de plusieurs personnes à la fois, et de différentes manières.

Sentiment complexe, l’amour s’appuie sur une mécanique biologique et cérébrale tout aussi complexe. Par exemple, le cerveau nous donne un curieux coup de pouce, en inhibant au début de la relation sentimentale les circuits cérébraux du jugement et de la critique. On perçoit peu (ou pas) les défauts de son partenaire, même s’ils sautent aux yeux de notre entourage. Si l’amour est bien aveugle, c’est au cerveau qu’il le doit.